Bande dessinée « Scélérats » : et si on changeait de regard sur les rats ?

Vecteurs de peste, sales, nuisibles… Les rats cumulent les préjugés depuis des siècles. Pourtant, la science nous raconte une tout autre histoire, et la bande dessinée Scélérats nous l’enseigne ici !

Les rats sont capables d’empathie. Ils libèrent leurs congénères enfermés sans attendre de récompense. Ils coopèrent, apprennent socialement, et communiquent par des signaux chimiques complexes, incluant même une « odeur de la coopération »… Mais pas que ! Ils reconnaissent également les langages humains, ils regrettent, puis apprennent de leurs erreurs, ils savent évaluer l’état de leurs connaissances, ils gardent en mémoire leurs meilleurs moments, qu’ils peuvent se rejouer à volonté… et ils peuvent conduire des petites voitures ! (Vous vous souvenez de cette étude ?)

Ces rongeurs que nous côtoyons quotidiennement possèdent une intelligence remarquable que nous ignorons totalement.

Scélérats, la nouvelle BD de Sébastien Moro (créateur de Cervelle d’Oiseau) et Josselin Billard, déconstruit nos idées reçues avec humour et rigueur scientifique. Appuyée sur plus de 1000 études, cette bande dessinée révèle la complexité fascinante de ces animaux mal-aimés qui vivent à nos côtés.

Préfacée par Guillaume Meurice et publiée par Komics Initiative, Scélérats sortira à l’été 2026 !

➡️ Soutenez le projet : fr.ulule.com/scelerats-moro (Il ne reste que quelques heures !)

Parce que les vrais scélérats, ce ne sont peut-être pas ceux qu’on croit. 🐀

Interview de l’auteur, Sebastien Moro

1. Pourquoi les rats ?

Après avoir exploré les poissons et les animaux de ferme dans tes précédentes BD, qu’est-ce qui t’a poussé à te concentrer sur les rats ? Était-ce leur statut d’animal « mal-aimé » qui t’a motivé ?

Exactement ! On va dire que je me suis un peu spécialisé dans la réhabilitation des animaux mal considérés, et à part les moustiques, difficile de faire plus détestés que les rats !

Dans une interview récente, la personne qui m’interrogeait a introduit l’ouvrage par « et alors tu as travaillé sur des animaux que tu adores : les rats ! » et… et bien non en fait. Je n’ai jamais eu de rat domestique et je ne connaissais personne qui en avait à l’époque, donc à part l’observation de quelques rats sauvages par-ci par là, je ne m’intéressais pas particulièrement à ces animaux.

À l’origine, c’était vraiment une démarche motivée par le constat effrayant de la haine et de la violence extrême à leur encontre, alors que ce sont juste des petits animaux qui essaient de vivre leur vie tant bien que mal. Et puis bon, forcément, j’ai rejoins plein de groupes de propriétaires de rats, j’ai discuté avec beaucoup de monde, j’ai lu énormément de travaux scientifiques, j’ai vu beaucoup de vidéos, et, soyons honnêtes, c’est difficile de ne pas craquer pour ces petites boules d’amour. Je suis impatient d’en rencontrer maintenant 😀

2. Les rats et les autres

Je pense que chaque animal a son petit truc a lui, que ce soit dans son comportement ou dans sa morphologie, as tu as été surpris par certains comportements ou fun facts chez les rats ? Lequel t’a le plus marqué ?

Je crois que c’est leur comportement social, et plus précisément la façon dont ils coopèrent et s’assistent mutuellement. Je m’attendais à des animaux très compétitifs, et j’ai découvert que c’est complètement l’inverse.

En laboratoire, les rats bien nourris donnent facilement de la nourriture à ceux qui sont plus affamés, ou se laissent facilement voler par les plus jeunes. Dans la vie sauvage, certains rats dispersent leurs trouvailles dans des réserves où ils ne retournent jamais, ce qui permet à la colonie de survivre si la source d’alimentation principale disparaît… Et c’est sans parler des travaux extrêmement célèbres où les rats viennent en aide à des compagnons en détresse. Les mécanismes à l’oeuvre sont très complexes, subtils et… franchement impressionnants.

Pour le fun fact le plus incroyable, c’est assez simple, tapez dans votre moteur de recherche « rat drive car ». Aux lecteurs et lectrices, vous n’êtes pas prêts ! 😀

3. Recherche et documentation

Tu mentionnes avoir consulté plus de 1 000 études pour Scélérats. Quelle découverte scientifique sur les rats t’a le plus surpris ou ému pendant tes recherches ?

La bibliographie initiale est effectivement de 1 200 études, et après tri final, le livre a une bibliographie « définitive » d’environ 620 publications.

La première idée qui me vient, c’est le chapitre sur les vibrisses. Je m’attendais à en faire un petit texte « de transition » entre deux gros chapitres. Je me disais qu’il n’y aurait que trois/quatre études, bouclé en deux jours, merci, au revoir. La réalité c’est que j’ai trouvé quasiment 100 publications scientifiques, c’est devenu l’un des plus gros chapitres du livre et… L’un de mes préférés ^^ . Les vibrisses des rats c’est beaucoup, BEAUCOUP, plus fascinant que vous ne pouvez l’imaginer.

Ensuite, tout ce qui traite des fonctions cognitives liées à la conscience est bouleversant : mémoire épisodique, métacognition, etc. Mais j’étais moins surpris car je connaissais déjà une partie de ces travaux, et je savais où je mettais les pieds.

Les travaux sur les émotions aussi, ça ne peut pas laisser pas indifférent. Surtout que les rats sont un modèle important de la recherche sur la dépression et les maladies neurodégénératives, donc je vous laisse imaginer que j’ai lu des papiers assez rudes. Selon les domaines de recherche, les rongeurs ne survivent pas souvent aux expériences. C’est ce qui m’a d’ailleurs motivé, pour la première fois, à faire un chapitre plus engagé pour questionner les pratiques dans l’expérimentation animale. Ce qui devait être un paragraphe bref en conclusion est devenu l’imposant dernier chapitre du livre.

Je dirais que l’étude qui m’a peut-être le plus ému, car pour une fois on suit un individu précis, c’est une publication Néo-Zélandaise où ils racontent la traque d’un rat sauvage sur une île déserte, qu’ils ont mis un temps infini à capturer car il déjouait tous leurs pièges avec une constance et une morgue à toute épreuve. Et encore une fois, il meurt à la fin.

4. Collaboration avec Josselin Billard

Comment s’est passée la collaboration avec Josselin Billard pour donner vie visuellement à l’intelligence des rats ? Y a-t-il eu des défis particuliers à représenter graphiquement leurs comportements cognitifs ?

La partie graphique du livre n’étant pas terminé, c’est donc une question sur un sujet toujours en cours, et ça peut encore dégénérer à tout moment ! 😀 Mais pour l’instant ça se passe bien. Josselin a choisi son style pour cet ouvrage (il est très polyvalent et peut dessiner dans de nombreux styles différents) qui est vraiment super !

En général, on fait des aller/retour permanents pendant les premières phases d’illustration, où il m’envoie des storyboards plus ou moins compréhensibles (soit honnête Josselin, il y a des trucs c’est vraiment des gribouillons sur tes storyboards), avant qu’il avance aux phases « mise au propre » et « mise en couleur » pour lesquelles je n’interviens pas, c’est lui le pro ^^

Au tout début du process, je fais des propositions pour certaines illustrations, notamment quand j’ai rédigé un paragraphe avec quelque chose de précis en tête, ou qu’il n’a pas d’idée. À côté de ça, je fournis toutes les illustrations des études directement insérées dans les textes que je lui envoie. Pour le reste, c’est entre ses mains expertes ! Travail d’équipe ! Il a aussi beaucoup participé à rendre la campagne Ulule vivante 🙂 .

Souvent, le plus complexe est l’illustration des protocoles car les illustrateurs/illustratrices ont peur de faire des erreurs et se trouvent confronté à quelque chose dont ils n’ont pas l’habitude, donc j’assiste un peu plus sur ces parties là. L’un des gros défis de Scélérats, c’est que beaucoup de protocoles se ressemblent : t’es dans une boite et t’as deux leviers, et voilà. C’est pas vraiment des décors à la Sanjay Leela Bhansali. Josselin doit faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour que ça ne soit pas trop redondant 😀

Et pour terminer, il a un niveau de tolérance suffisant pour supporter mes blagues, et c’est tout à son honneur, surtout depuis que j’ai découvert la taille déraisonnable des testicules des rats.

5. Humour et vulgarisation

Tu es connu pour mêler humour et rigueur scientifique. Comment trouves-tu l’équilibre entre divertir et éduquer, surtout sur un sujet qui peut susciter du dégoût chez certaines personnes ?

Je n’aime pas l’humour, c’est une perte de temps. La vie c’est sérieux. Je suis contre la guerre. En réalité je ne trouve pas du tout l’équilibre 😀

Certaines personnes adorent mon humour, d’autres le déteste… En même temps j’enfonce un peu des portes ouvertes en disant ça. « L’humour c’est subjectif, et vous savez, on vit dans une société m’sieur dame ! »

Par exemple, j’ai appris que l’éditrice adjointe passe des journées assez désagréables à relire mes productions à cause d’expressions tronquées comme : « il ne faut pas jeter mémé avec l’eau des orties ». C’est mon plaisir coupable du moment, il faudra faire avec. À un moment, faut aussi savoir se faire respecter en tant qu’auteur et remettre l’église au milieu du virage ! Pour être honnête, j’ai un peu calmé le jeu dans Scélérats, l’humour reste omniprésent mais je me suis assagi avec les références parfois un peu trop « niche ».

En fait, je n’ai pas vraiment de filtre, j’écris comme je parle et je m’adresse directement aux lecteurs et lectrices comme si je les avait en face de moi. J’ai enseigné à peu près toute ma vie, dans plein de domaines différents et j’ai toujours détesté les rôles surplombants. Ca n’est pas comme ça que j’envisage cette relation, alors c’est pas pour commencer aujourd’hui. J’ai des infos croustillantes, je vous les raconte entre potes autour d’une table, comme les potins du quartier (potins appuyés sur une bibliographie scientifique imposante néanmoins), et voilà, on est chill.

Je pourrais faire des textes de type universitaire tout chiants, mais franchement, ça n’est pas comme ça que j’aimerais qu’on me raconte les choses et il y a plein de gens qui font ça très bien. Non, je ne veux pas dire « être chiants »… Ouais si c’est un peu ce que j’ai dis. Navré.

Pour répondre à la question, que je viens de relire en constatant que je n’y ai pas vraiment répondu, je pense que plus le sujet est dense, complexe, et traité en profondeur, comme c’est le cas ici, et plus la forme doit être légère et soutenir le propos, sans jamais le ralentir. Les gens qui lisent le livre ne doivent jamais avoir l’impression qu’ils apprennent quelque chose de compliqué, alors que c’est pourtant le cas. L’humour et la structure du texte, ça doit être un peu comme la glycérine qui entoure les supposi… Oui, bon ça doit lubrifier quoi. C’est d’ailleurs là-dessus qu’on discute le plus avec Josselin : il faut également que le texte ET le dessin s’allient du mieux possible pour viser ce même objectif de fluidité.

Voilà. Sinon c’est un Belge, un Américain et le père Noël qui rentrent dans un bar et…

6. Guillaume Meurice et l’engagement

La préface est signée par Guillaume Meurice. Qu’est-ce qui l’a motivé à s’engager dans ce projet ? Y a-t-il une dimension politique ou militante dans Scélérats ?

Guillaume et moi nous connaissons depuis plusieurs années maintenant, on a bossé sur l’adaptation de mon précédent livre pour la tv (adaptation qui ne verra jamais le jour à priori, faute de diffuseur ^^) et il m’a souvent invité pour parler des poissons dans ses divers projets. Il est très engagé pour les animaux, donc je n’avais aucun doute qu’il accepterait, et ma confiance était bien placée. 🙂 Il a accepté dans les cinq minutes après la proposition !

L’expérience que j’ai de lui est celle de quelqu’un de profondément gentil et humble, qui utilise sa notoriété pour mettre en avant des personnes ou des sujets qu’il estime importants. Je pense que, outre notre amitié, ça participe aussi de cette action là. Humainement, le Guillaume que je connais est une personne en or 🙂

Et oui, un livre de synthèse de ce type a éminemment une dimension militante, mais sans jamais nuire à l’aspect le plus important de mon travail : la rigueur des données fournies. Mon objectif c’est que les gens connaissent mieux les rats, au plus proche de ce que la science sait réellement, en acceptant aussi ce que l’on ne comprend pas encore, afin de leur témoigner plus de considération et de respect dans les relations que nous avons avec eux.

7. Public cible et impact

Tu dis que Scélérats s’adresse à « absolument tout le monde », y compris les municipalités et les laboratoires. Quel impact espères-tu avoir sur la gestion urbaine des rats ou sur leur utilisation en laboratoire ?

Parfaite transition avec ma réponse précédente 😀 Alors oui, j’espère changer le monde. Voilà, une autre question ?

Comme je le disais plus haut, les rats ont une très mauvaise image et la gestion des populations sauvages qui peut, certes, s’avérer nécessaire, est aujourd’hui extrêmement violente sans que ça n’émeuve personne, ou presque. Rodenticides, pièges à colle, les méthodes de mise à mort sont majoritairement lentes et douloureuses. Heureusement, de plus en plus d’organismes s’intéressent à l’arrivée de produits contraceptifs novateurs dont les résultats sont prometteurs et j’espère participer à une meilleure prise en compte des rats sauvages et à une bifurcation vers des relations plus pacifiées.

Pour la recherche scientifique, le problème est plus complexe car il recouvre de nombreux types d’utilisations, selon les domaines d’études, mais rien que l’hébergement des animaux présente déjà un problème massif. J’ai d’ailleurs consacré un chapitre entier du livre à cette question qui, j’espère, participera à pousser vers des changements profonds dans les pratiques scientifiques.

8. Le crowdfunding, une épreuve ?

La campagne Ulule se termine le 4 janvier. Tu as mentionné que « ce n’est pas gagné » malgré le soutien de Guillaume Meurice. Quelles sont les difficultés spécifiques du financement participatif pour un projet de vulgarisation scientifique ?

Mais quel enfer. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi stressant 😀

Dans les premiers temps, j’étais tous les jours à faire « Rafraichir » toutes les deux minutes au lieu de bosser. Josselin et Mika (l’éditeur) ayant l’habitude de fonctionner comme ça, étaient globalement confiants. Malheureusement, il semble qu’on soit arrivé dans un creux car la plupart des campagnes de financement participatifs autour de nous étaient à la peine, et nous n’avons pas été épargnés.

Malgré les partages de Projet Animaux Zoopolis, Guillaume Meurice ou encore une grande interview dans Mr Mondialisation, ça n’a absolument pas décollé et il a fallut lancer une cellule de crise afin de réduire l’objectif et augmenter la durée de la campagne. C’est compliqué car Komics Initiative essaient de faire les choses bien et de faire travailler des entreprises locales pour la conception de l’ouvrage. On imagine bien que ça coûte rapidement plus cher que si tout était fait dans d’autres pays.

Bref, après quelques modifications du plan de financement de l’ouvrage, on a pu réduire la somme et augmenter la durée, et avec l ‘aide d’une mobilisation exceptionnelle de plein de gens géniaux, on a finalement réussi à remplir l’objectif, la sortie du livre est confirmée ! Et heureusement car j’étais en train de terminer de l’écrire au moment de la fin de la campagne 😀

9. Au-delà de Scélérats

Après les poissons, les animaux de ferme et maintenant les rats, quel est le prochain animal « mal-aimé » que tu aimerais réhabiliter dans une BD ?

Les pigeons ! C’est un projet de longue date. J’ai déjà l’illustratrice et probablement l’éditeur 😀 Mais on va déjà finir Scélérat, souffler un peu, relancer la chaîne YouTube quelques mois et on se penchera là-dessus après !

10. Message final

Si tu devais résumer en une phrase pourquoi les gens devraient soutenir Scélérats et changer leur regard sur les rats, ce serait quoi ? (Bonne chance pour celle ci j’aimerais pas qu’on me la pose je crois !)

L’image qu’on a des rats est exclusivement basée sur des préjugés et une méconnaissance de ces animaux, qui sont bien plus sympathique qu’il n’y paraît, Scélérats a pour but de changer cette image faussée et de changer nos rapports avec ce petit rongeur, en fait c’est pas si dur de répondre en une phrase, il suffit juste de mettre des virgules à la place des points, bref les rats sont géniaux (on peut aussi ajouter des parenthèses : les rats vont vous faire craquer).

Je vous laisse imaginer comme ça doit être infernal de bosser avec moi, plein de soutien pour Josselin s’il vous plait.


Merci beaucoup a Sebastien de bien avoir voulu répondre a toutes ces questions (il était confiant en terme de temps mais ça lui a quand même pris deux jours krkrkr.) et merci pour sa gentillesse, même s’il a triché pour la dernière question ! (Non mais.)
La bande dessinée Scélérat sera vraiment une pépite a avoir pour nous les ratouphiles alors surtout n’hésitez pas, rejoignez nous sur Ulule !

Larkencielle
Larkencielle

Association loi 1901 spécialisée Rats Domestiques

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