On vous l’a souvent dit : le rat domestique n’a rien à voir avec son cousin sauvage. Des années de domestication ont tout changé. Mais comment ça s’est passé exactement ? Voici un bref résumé.
Pour aller plus loin, nous vous recommandons le site LVM, qui cite des ouvrages spécialisés et reste régulièrement mis à jour — c’est la source la plus fiable que nous ayons trouvée sur le sujet. 🐀
Le contexte
En Europe, deux espèces de rats coexistent. La première à s’y installer est le Rattus rattus, ou rat noir, originaire d’Asie. Les flux maritimes l’ont probablement amené jusqu’à nous. Bien plus tard arrive le Rattus norvegicus, ou rat brun — plus grand, plus fort et plus agressif que son cousin. Il pousse le rat noir vers d’autres territoires et prend sa place dans les grandes villes.

Il était une fois…
Au XIXème siècle, on captura les premiers rats bruns pour alimenter un spectacle assez macabre : le « Rat Baiting ». Le principe était simple — un chien entraîné à tuer devait exterminer le plus de rats possible en un minimum de temps, sous les yeux d’une foule de parieurs en délire.
Un chien pouvant tuer des dizaines de rats par session, le piégeage sauvage ne suffisait plus à suivre la demande. Certains créèrent alors leurs propres élevages — et c’est là que les premières bases de la domestication du Rattus norvegicus prirent forme.
La pratique du Rat Baiting ne prit fin qu’en 1912. La raison ? Le public commençait à trouver le spectacle immoral et les conditions de vie du… chien, horribles. Le rat, lui, attendrait encore un peu.
Ce jeu cruel permit donc aux premiers élevages d’agrément de vraiment prendre forme. Un chercheur remarqua que les rats aux phénotypes non-agouti semblaient plus doux, plus faciles à manipuler — bref, plus domestiqués. Ses travaux se concentrèrent sur ces individus, et les premières couleurs apparurent : le noir d’abord, puis le hooded.
Donaldson et d’autres chercheurs commencèrent alors à comparer les lignées au fil des portées. Leurs observations révélèrent des évolutions notables : le nombre de petits par portée augmentait, et le poids des lignées les plus récentes progressait lui aussi. La domestication était en marche. 🐀
De nos jours
C’est grâce aux rateries d’aujourd’hui — et à celles qui les ont précédées — que ce travail de sélection continue d’avancer : couleurs, familles, lignées, souches, santé… Adopter en raterie, c’est aussi contribuer à cet effort.
Les phénotypes existants sont aujourd’hui nombreux, et il est fascinant de réaliser que tous partagent les mêmes origines, les mêmes ancêtres communs. Même si le rat domestique ne ressemble plus vraiment au rat sauvage — ni en longévité, ni en phénotype — le rat brun reste bel et bien son lointain, très lointain ancêtre !

Les petites infos sympas en plus (pour ceux qui en veulent plus) !
Petite info bonus
Donaldson exporta plus tard certains rats issus de ces lignées aux États-Unis. C’est là-bas que la célèbre souche de laboratoire Wistar vit le jour, au Wistar Institute, en 1906.
Le rat et la science
Le rat est l’un des premiers animaux à avoir été domestiqué dans le seul but de servir la science. La première étude connue sur le rat daterait de 1828 et portait sur le jeûne.
Et si le rat nous avait sauvés ?
On entend souvent que le rat brun est vecteur de maladies. Il peut effectivement être porteur sain d’une forme de leptospirose — raison pour laquelle tout rat trouvé à l’extérieur doit être testé. Mais saviez-vous qu’en arrivant en Europe, le rat brun a chassé le rat noir, qui hébergeait les puces responsables de la peste ? À sa façon, le Rattus norvegicus a contribué à faire reculer l’épidémie. Pas si mal pour un animal aussi mal aimé !
Le rat à travers le monde
En Europe, le rat évoque souvent la radinerie. En Chine et au Japon, il symbolise au contraire l’abondance et la prospérité. Du côté de l’Inde, le rat est la monture de Ganesh, dieu de la chance et de la sagesse — et un temple lui est entièrement dédié !
Une dernière, pour les amateurs de mythologie
Apollon portait aussi le surnom de « Dieu aux Rats ». Selon une histoire diffusée sur France Culture, des colons crétois — pour qui le rat était un animal sacré — partirent fonder une cité en Asie Mineure. Apollon leur avait prédit de s’établir là où « des ennemis venus de l’intérieur, surgis du sol » les attaqueraient. Le soir même où ils campèrent, des hordes de rats surgirent et rongèrent tout sur leur passage. Ils comprirent que c’était là leur destination — et y érigèrent un temple en l’honneur du Dieu aux Rats.
Sources
Doctissimo
Ratlala
Site internet « Les voleurs de Miettes »
France Culture





Et pour quelques compléments, un article sur le même sujet dans le numéro 0 de l’écho des sputniks (octobre 2017) 🙂
https://www.srfa.info/association/eds.php/extraits-gratuits/n%C2%B00-dossier-une-br%C3%A8ve-histoire-du-rat-de-compagnie-r19/
Merci ! <3
Et pas d'angoisses pour le doublon, je suis obligée de modérer les commentaires, et parfois c'est très long avant qu'ils apparaissent tout simplement 🙂