Aujourd’hui j’ai envie de vous parler d’une mauvaise expérience, qui aurait pu tourner bien plus au drame qu’elle ne l’a fait. Une expérience d’animalerie comme on les aime. Notre association avait envie de partager avec vous ce témoignage. De le diffuser. Nous avons aidé la protagoniste, une amie très chère, a le rédiger.

Cet article a pour but de vous rappeler deux choses 

La première, et c’est ce que l’on vous dira sur n’importe quel groupe ou forum sérieux de passionnés de rongeurs ou d’animaux en tout genre , c’est que les animaleries sont d’horribles usines a profits qui profitent de ces pauvres bestiaux pour faire de l’argent. Vous ne pouvez pas acheter du vivant là bas et vous attendre a quelque chose de bien. Ce n’est ni une bonne idée, ni une bonne action. Il y a des refuges, des associations, ainsi que des rateries et des covoiturages toujours possibles. Réfléchissez y.

La seconde, c’est qu’il faut toujours effectuer une quarantaine. Toujours, et évidemment, chez vous, pas chez quelqu’un d’autre. Une quarantaine dure deux semaines, pas plus, pas moins, et elle peut réellement sauver votre troupe originelle ! Vraiment. Ne prenez pas ça a la légère, et si jamais vous le faites, alors assumez en les conséquences.

C’est partit.

Je m’appelle Kathy, je m’occupe dès que je peux de mon projet de raterie, « Rats ta Ninja ». J’ai un chien, un furet, de nombreux rats et geckos. J’aime les animaux, et un jour, j’aurais des chats, et des chevaux. Les animaux sont ma vie, et après avoir lu les lignes qui suivent, beaucoup d’entre vous se demanderont peut être comment cette passion a pu y survivre.

Commençons par le commencement.

Nous sommes en 2008. Le 23 décembre pour être précise. Il ya donc dix ans de cela. Mon ex, jaloux de la relation fusionnelle que j’ai avec mes rates, Ganja et Rave, décide de partir à Zooland de Compiègne pour en acquérir une à lui, qu’il balancera négligemment dans la volière des filles à son retour. Elle s’appellera Tina. Elle est minuscule, mais ne semble pas être en mauvaise santé. Trois jours plus tard, elle décédera. A son décès, on notera juste des petites croûtes bizarres sur le corps.

Furieuse, je décide de me rendre à l’animalerie qui nous l’avait vendue pour leur dire ce que je pense de leur façon de traiter les animaux. C’est là que le cauchemar a pris de l’ampleur. En arrivant, je découvre une vingtaine de rats entassés dans une vitrine dégueulasse. Comme bien des animaleries, celle-ci les avait installés sur deux bons centimètres de copeaux, et les pauvres animaux avaient le nez plein de porphyrine, des éternuements incessants, les yeux mi clos… Les quelques chanceux qui n’étaient pas encore morts bougeaient très peu et étaient amorphes.

Je me sens encore plus remontée. J’exige de parler au responsable, et à personne d’autre. C’est lui que je veux. Et je le veux tout de suite.

Je lui hurle dessus que je ne suis pas contente, parce que mon rat est mort en à peine trois jours, brandissant mon ticket de caisse comme preuve. J’ajoute qu’ils sont tous en train de décéder, dans sa vitrine moisie. Il me rétorque avec tout le professionnalisme et toute l’éthique possible : « On rembourse pas un rat a 3€. »

J’enrage. Je boue. J’ai 18 ans et un caractère bien trempé. J’explose. Je retourne son magasin, je hurle dans les rayons, je fais tomber la montagne de cages d’exposition, en espérant en abimer le maximum. Tous les rayons que je peux y passent. Nourriture, accessoires, jouets…

Ce sera le directeur qui me jettera dehors quelques minutes après.

Nous sommes le premier janvier 2009. Je me rends chez mes parents pour leur souhaiter la joie et toute la bonne humeur possible qu’on peut souhaiter en cette nouvelle année et donc leur passer ce fameux message de paix et d’amour éternel qu’on fait généralement a cette période.

Mon bras me gratte. A force, je finis par y remarquer un étrange bouton. Ca ressemble à un bouton de moustique, sauf qu’autour, la peau est sèche, on y voit des crevasses. Une auréole qui donne l’impression de brulure tout autour du dit bouton.

Ca me fait extrêmement mal pour un bouton de moustique. J’en parle dans la journée à ma mère qui tentera de le percer sans résultats.

Nous sommes le 04 janvier 2009, et j’attends aux urgences de l’hôpital de Compiègne. Désormais ce bouton n’est plus vraiment un bouton. Non, maintenant, c’est un trou, tout noir. Il fait la taille de mon doigt. Comme si je m’étais pris une balle. On me prend en charge et on m’opère sur le champ. Les recherches débutent, personne ne sait ce que c’est.

Je sors de là avec une partie de moi en moins. Un infirmier vient changer mon pansement tous les jours, et je me retrouve avec 25 cachets à avaler par jour. Au fur et a mesure que les jours passent, je perds l’usage de mon bras. Je ne peux plus le lever. Ni le bouger. Puis, je ne peux plus bouger la main, et ensuite les doigts. Personne ne sait ce que j’ai. Mes analyses font le tour des laboratoires de France.

A la maison, Rave, visiblement également contaminée du même mal, décédera.

En parallèle, ma mère cours chez le vétérinaire avec nos deux rates restantes, Makille, rate de ma petite sœur, et Ganja, la mienne. Checkup complet pour les deux, et s’il y a le moindre risque de contamination, euthanasie. Un miracle dans cette histoire déprimante : elles n’ont rien. Elles sont tout de même placées en quarantaine par sécurité, le virus étant très agressif…

Je deviens complètement paranoïaque. Moi qui ai passé toute ma vie à aimer les animaux, moi qui suis dévorée par une passion pour tout ce qui a un petit cœur et des poils, là maintenant, j’en prends peur. Je suis terrorisée. Je ne veux plus qu’ils m’approchent. Je veux qu’ils restent loin, je ne veux plus qu’aucun d’eux entre dans mon champ de vision. Ni rat ni chat ni chien ni rien. Je risquerais de les tuer, vous comprenez ? Je risquerais de les contaminer.

Nous sommes  le 23 janvier, et j’entends l’infirmier dire discrètement à ma mère qu’il est temps de retourner à l’hôpital. Mon bras est en train de pourrir. Vous avez déjà vu un légume oublié au fond de votre frigo ? Un bon légume avec 4 mois dans les dents pour bien entamer sa décomposition. Bon. Maintenant imaginez qu’au beau milieu de votre bras, il y ait un trou de la couleur de ce même légume. Vous vous sentiriez comment a votre avis ? Mal ? Vous êtes peut être a un centième de ce que je ressentais a ce moment là.

Il y a un énorme trou noir dans mon bras, et personne ne sait pourquoi il pourrit. On m’opère de nouveau.

Cette fois, le réveil est difficile. Je pose les yeux sur ce qu’il reste de mon bras. J’ai toujours ma main et mes doigts, c’est déjà ça. Mais mon bras, il est complètement difforme. Il a été creusé. Il y a une énorme cicatrice, et des fils ainsi que des drains de ci de là, un peu partout en fait. On m’explique que mon bras a été sauvé de peu. Que je n’étais qu’a deux doigts de l’amputation. Un morceau de muscle a été retiré. Les muscles, ça ne revient pas. On m’a gratté l’intérieur du bras jusque l’os. En plus, rien n’est gagné. Il se pourrait que dans ce trou béant, le germe reprenne. On me garde donc en observation….

Un infirmier me surveille tous les jours. Plus tard, on me laisse rentrer chez moi mais je dois rendre visite à l’hôpital toutes les semaines. Je commence apparemment à cicatriser. Il est temps de retirer 3 fils. La plaie commence à s’ouvrir dès le retrait des premiers, alors nous décidons d’attendre encore un peu. La semaine d’après, ça ne peut plus attendre, il faut les retirer. Et évidemment, vu la taille de la plaie, elle s’ouvre en grand. Pour faire court, elle avait la profondeur de deux de mes phalanges. Et sans toucher les bords. Il n’y a pas de sang, la plaie est propre. J’ai un trou béant dans le bras. Au moins, il ne pourrit plus. Je continue le traitement et le suivi infirmier jour après jour. J’ai du mal à réaliser tout ce qu’il s’est passé en quelques jours…

Plus le temps passait plus j’étais révoltée. Plus le temps passait plus mon instinct me disait qu’il fallait que j’alerte les autres humains susceptibles d’être contaminés eux aussi ! Pour que personne ne vive ça a son tour ! Je me mets donc à crier au scandale sur un forum axé sur le rat domestique, le but n’étant pas d’affoler leurs propriétaires mais bien de les mettre en garde. Essayer de faire en sorte que personne d’autre ne soit contaminé… A la fin, j’ai été contactée par les médias, ainsi que par des défenseurs des animaux. J’ai tenté de faire passer mon message du mieux que je pouvais : les animaleries, c’est le mal. Le démon incarné. Ne les financez plus ! Ne leur achetez plus de pauvres petits êtres maltraités pour profiter a des personnes sans cœur.

Entre temps, les analyses sont finalement tombées. J’avais été contaminée par le Cow Pox. Un germe de la variole. Rien que ça. Une maladie qui n’est plus présente en France depuis plus d’une centaine d’années. Elle n’existe tout simplement plus sur le territoire Français ! Je suis une première en France. Quelle classe !

Sauf que l’animalerie qui nous avait fait l’honneur de nous vendre Tina nous avait aussi bien gentiment vendu le virus en question. Il ne s’agit pas là de quelque chose qui était inévitable, bien au contraire. Si le magasin avait fait son travail et fait un contrôle vétérinaire sur les animaux qu’il acheminait de Tchéquie ou d’autres pays de l’est, je n’aurais pas été contaminée.

Je rappelle que Tina, petite pépette morte au bout de trois jours, ne m’a jamais griffée. Mordue. Rien. Cette saloperie s’attrape par voie cutanée. Un simple contact, et c’est terminé. Au total en France, nous avons été une quinzaine a être contaminé. Il me semble même qu’un gars en est décédé. Parce qu’il a touché le mauvais rat. Et nous aussi.

J’ai mis des années à me remettre de cette aventure et à accepter ce trou béant horrible et sale sur mon bras. Des années pour ne plus avoir peur que mon bras se remette à pourrir d’un coup d’un seul sans prévenir.  J’ai eut plusieurs mois de traitement et de rééducation. Tout ça parce que j’ai touché une rate, et rien qu’une fois.

Je me suis mise à acheter des bandanas colorés pour mieux camoufler cette blessure de guerre. Le plus de couleurs possibles, pour essayer de remplacer l’horreur par un truc un peu plus sympa. Ça fait neuf ans que je me suis fait opérer, et c’est toujours aussi éprouvant pour moi d’en parler. D’une part parce que cette aventure était vraiment horrible à vivre, mais aussi parce que personne n’en a rien n’eut à foutre. On a été 15 personnes à être touchées par cette merde, autant dire rien. Personne. Et donc, comme ça ne concernait personne, personne n’a eut de problèmes. Ni l’animalerie, ni le convoyeur…. Ah si. Maintenant, l’animalerie de Compiègne « ne vends plus de rats pour ne pas prendre de risques. » Il semblerait que les services vétérinaires leur ait saisit les rats restants du lot contaminé et leur ait interdit d’en vendre de nouveaux. La belle affaire. Il ont également changé de nom, ils ne s’appellent plus « Zooland ». D’autres animaleries ont vendu ces rats, les voici :

Zooland – 60280 VENETTE
Amiland Englos – 59320 HAUBOURDIN
Animal Store – 62100 CALAIS
Animal Store – 62210 LONGUENESSE
Jardiland – 45770 SARAN
Les Serres de Rouvroy – 62320 ROUVROY

Moi, neuf ans après, je me suis reconstruite comme j’ai pu. Maintenant, j’accepte cette horrible cicatrice, et j’arrive à vous en parler, non pas sans pleurer comme une nouille devant mon écran, je dois bien l’avouer. Mais j’y arrive quand même, et c’est ça qui compte.

J’aimerais vraiment que vous preniez conscience de ce qu’est une animalerie. Du danger qu’elles représentent, sans parler des trafics horribles quelle génèrent !

Protégez vous de ce trafic, protégez en vos animaux, et n’achetez plus d’êtres vivants là bas ! Ne leur donnez plus d’argent ! Agissez contre eux. Parce que ça n’arrive pas qu’aux autres.

Sources, articles et autres

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Seconde source

Troisième source

Quatrième source

Cinquième source

Sixième source

Septième source

Huitième source

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